Mon, ton, son en arabe : les pronoms attachés aux noms
Grammaire · Langue arabe · 23 août 2026 · 8 min · Le frère Idriss هداه الله

السلام عليكم ورحمة الله وبركاته
En français, « mon livre » fait deux mots. En arabe, il n’en fait qu’un seul : كِتَابِي. Cette différence n’est pas un détail d’écriture, c’est une autre façon d’organiser la langue — et c’est l’un des premiers obstacles que rencontre un débutant francophone. Voyons comment fonctionne ce système, et pourquoi il ne faut pas l’appeler « pronoms possessifs ».
Comment marquer la possession en arabe
Pour marquer la possession en arabe, on utilise les pronoms attachés (الضَّمِير المُتَّصِل) que l’on attache directement à un nom commun. Ainsi, pour dire « mon livre », on écrit un seul mot : كِتَابِي.
On les appelle pronoms attachés parce qu’ils ne s’écrivent jamais seuls : ils se collent à la fin d’un mot et forment un bloc avec lui. Quand ce mot est un nom, le pronom désigne le possesseur.
Le principe : un seul mot au lieu de deux
Partons du mot كِتَاب, un livre. Pour dire à qui il appartient, on n’ajoute pas un mot devant : on ajoute une lettre derrière.
| Français | Suffixe | Le mot complet |
|---|---|---|
| mon | ـِي | كِتَابِي |
| ton, à un homme | ـكَ | كِتَابُكَ |
| ton, à une femme | ـكِ | كِتَابُكِ |
| son, à lui | ـهُ | كِتَابُهُ |
| son, à elle | ـهَا | كِتَابُهَا |
| notre | ـنَا | كِتَابُنَا |
| votre, hommes ou groupe mixte | ـكُمْ | كِتَابُكُمْ |
| votre, femmes | ـكُنَّ | كِتَابُكُنَّ |
| leur, à eux | ـهُمْ | كِتَابُهُمْ |
| leur, à elles | ـهُنَّ | كِتَابُهُنَّ |
Vous reconnaissez la même architecture que dans le tableau des pronoms isolés : les mêmes personnes, les mêmes distinctions de genre. Rien de nouveau à mémoriser du côté du sens — seulement de nouvelles formes.
Commencez par les cinq premières lignes. Elles suffisent à parler de soi, de son interlocuteur et d’une tierce personne, ce qui couvre presque toutes les conversations d’un débutant.
L’annexion : الإِضَافَة
L’annexion (الإِضَافَة) est une construction grammaticale composée d’un nom (المُضَاف) affilié à un autre nom (المُضَاف إِلَيْهِ).
| Français | Arabe | المُضَاف | المُضَاف إِلَيْهِ |
|---|---|---|---|
| le livre de Zayd | كِتَابُ زَيْدٍ | كِتَابُ | زَيْدٍ |
| le livre du professeur | كِتَابُ الأُسْتَاذِ | كِتَابُ | الأُسْتَاذِ |
| son livre, à lui | كِتَابُهُ | كِتَابُ | ـهُ |
| mon livre | كِتَابِي | كِتَابِ | ـي |
Lorsqu’un pronom est attaché à un nom commun, le nom commun est forcément المُضَاف et le pronom a systématiquement la fonction de المُضَاف إِلَيْهِ. C’est pourquoi il n’existe pas de chapitre séparé pour les « pronoms possessifs » en arabe — ils ne sont qu’un cas particulier de l’annexion, l’un des premiers chapitres à étudier quand on aborde la grammaire arabe.
Pourquoi l’article et le tanwin disparaissent
Cette construction explique une règle qui déroute beaucoup de débutants : le premier terme d’une annexion ne porte jamais le tanwin, ni l’article الـ. Ce n’est donc pas une bizarrerie du pronom, c’est la règle de l’annexion tout entière.
| Français | Arabe |
|---|---|
| un livre | كِتَابٌ |
| le livre | الكِتَابُ |
| mon livre | كِتَابِي |
| le livre du professeur | كِتَابُ الأُسْتَاذِ |
Remarquez la dernière ligne : c’est le second terme qui porte l’article, jamais le premier. On n’écrit donc jamais الكِتَابِي. C’est l’erreur la plus fréquente, parce que le français, lui, garde le sien : « mon livre » vient de « le livre ». En arabe, le second terme de l’annexion suffit à définir le premier.
Les noms féminins en ة
Beaucoup de noms féminins se terminent par une tāʾ marbūṭa. Dès qu’un pronom vient s’attacher derrière, cette lettre s’ouvre et devient un ت ordinaire.
| Français | Arabe |
|---|---|
| une école | مَدْرَسَةٌ |
| mon école | مَدْرَسَتِي |
| une voiture | سَيَّارَةٌ |
| sa voiture, à lui | سَيَّارَتُهُ |
| une chambre | غُرْفَةٌ |
| leur chambre | غُرْفَتُهُمْ |
La logique est phonétique : la tāʾ marbūṭa ne se prononce comme un ت que lorsqu’un son la suit. Le pronom lui fournit précisément ce son, donc elle s’écrit ouverte. C’est l’une des raisons pour lesquelles il faut savoir distinguer la ة de la ه en fin de mot.
Quand ـهُ devient ـهِ
Le pronom de la troisième personne masculine se lit de deux manières, sans changer de lettre. Il porte une ḍammah après une fatḥah ou une ḍammah, et une kasra après une kasra ou après la lettre ي :
- كِتَابُهُ — son livre, quand le mot est sujet ;
- فِي كِتَابِهِ — dans son livre ;
- عَلَيْهِ — sur lui.
Ne cherchez pas à retenir cette règle par cœur au début : elle s’installe naturellement à force de lecture, parce que l’oreille refuse d’elle-même l’autre prononciation.
Le duel
Comme pour les pronoms isolés, l’arabe possède deux formes réservées à exactement deux personnes.
| Français | Arabe |
|---|---|
| votre livre, à vous deux | كِتَابُكُمَا |
| leur livre, à eux deux ou à elles deux | كِتَابُهُمَا |
Aucune des deux ne distingue le masculin du féminin. Reconnaissez-les à la lecture ; leur emploi actif peut attendre.
Le piège de la première personne
Une exception vient troubler ce bel ordre, et c’est justement la plus fréquente. Le « moi » ne s’écrit pas de la même façon sur un nom et sur un verbe.
| Français | Arabe |
|---|---|
| mon père | وَالِدِي |
| mon professeur | أُسْتَاذِي |
| il m’a vu | رَآنِي |
| il m’a aidé | سَاعَدَنِي |
Sur un nom, la marque est ـِي. Sur un verbe, un نُون s’intercale et l’on obtient ـنِي.
Pourquoi ce نُون supplémentaire ? Parce qu’il protège la fin du verbe, que la voyelle du pronom effacerait sans lui. Les grammairiens l’appellent نُون الوِقَايَة, le nūn de protection — le nom dit exactement ce qu’il fait.
Retenez la formule courte : sur un nom ـِي, sur un verbe ـنِي. C’est la seule irrégularité de tout le système.
Les erreurs les plus fréquentes
Garder l’article
الكِتَابِي n’existe pas. Le pronom définit déjà le nom, l’article devient superflu.
Oublier d’ouvrir la ة
On écrit مَدْرَسَتِي, et non مَدْرَسَةِي. La tāʾ marbūṭa s’ouvre toujours devant un pronom.
Employer ـِي sur un verbe
« Il m’a entendu » se dit سَمِعَنِي, et non سَمِعِي. Le verbe réclame son نُون.
Chercher un mot séparé
Beaucoup de débutants cherchent le mot arabe qui traduirait « mon ». Il n’y en a pas. Cessez de chercher un mot, cherchez une lettre.
Exercice
Prenez le mot بَيْتٌ, une maison. Écrivez-le avec les cinq pronoms du singulier :
- ma maison : بَيْتِي ;
- ta maison, à un homme : بَيْتُكَ ;
- ta maison, à une femme : بَيْتُكِ ;
- sa maison, à lui : بَيْتُهُ ;
- sa maison, à elle : بَيْتُهَا.
Recommencez avec دَرْسٌ, une leçon, puis avec مَدْرَسَةٌ, une école. Ce dernier vous obligera à ouvrir la tāʾ marbūṭa : c’est exactement l’automatisme à installer.
FAQ
Existe-t-il des pronoms possessifs en arabe ?
Pas au sens du français. L’arabe emploie un seul jeu de pronoms attachés, الضَّمَائِر المُتَّصِلَة, qui marquent la possession sur un nom, le complément sur un verbe et la personne visée après une préposition.
Comment dit-on « mon livre » en arabe ?
On dit كِتَابِي, en un seul mot. Le nom reçoit le suffixe de la première personne et perd du même coup son tanwin.
Comment s’appelle la construction كِتَابِي en grammaire arabe ?
C’est une annexion, الإِضَافَة. Elle réunit deux termes : le nom كِتَاب, qui est le المُضَاف, et le pronom, qui en est le المُضَاف إِلَيْهِ. Les deux forment une seule construction, écrite en un seul mot.
Peut-on mettre الـ devant un nom qui porte un pronom ?
Non. Le pronom définit déjà le nom : on dit كِتَابِي et jamais الكِتَابِي.
Que devient la tāʾ marbūṭa devant un pronom ?
Elle s’ouvre et devient un ت ordinaire : le mot مَدْرَسَةٌ donne مَدْرَسَتِي.
Pourquoi lit-on parfois ـهُ et parfois ـهِ ?
C’est le même pronom. Il se prononce avec une ḍammah après une fatḥah ou une ḍammah, et avec une kasra après une kasra ou après la lettre ي : on dit كِتَابُهُ mais فِي كِتَابِهِ.
Quelle différence y a-t-il entre ـِي et ـنِي ?
Le premier s’attache à un nom, comme dans وَالِدِي, mon père. Le second s’attache à un verbe, comme dans رَآنِي, il m’a vu. Le نُون supplémentaire protège la terminaison du verbe.
Ces pronoms servent-ils uniquement à la possession ?
Non. Les mêmes lettres s’attachent à un verbe, comme dans رَأَيْتُهُ, je l’ai vu, et à une préposition, comme dans لَهُ, pour lui. Seul le mot porteur change le sens.
Dans quel ordre faut-il les apprendre ?
Commencez par les cinq formes du singulier : ـِي، ـكَ، ـكِ، ـهُ، ـهَا. Elles couvrent l’essentiel des conversations. Les pluriels viennent ensuite, et le duel en dernier.
Pour continuer
Révisez d’abord les pronoms personnels isolés, puis servez-vous de ces nouvelles formes pour vous présenter en arabe et pour bâtir des phrases nominales complètes.
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