Les makhārij : d’où sortent les lettres arabes ?
Coran · 23 septembre 2026 · 8 min · Le frère Idriss حفظه الله تعالى

السلام عليكم ورحمة الله وبركاته
Deux lecteurs peuvent réciter le même verset et ne pas produire les mêmes sons. La différence vient rarement de la vitesse : elle vient de l’endroit du conduit vocal où chaque lettre est formée. Cet endroit porte un nom, le makhraj, au pluriel makhārij.
Apprendre les makhārij, c’est cesser de deviner. Au lieu de répéter une lettre jusqu’à ce qu’elle ressemble à peu près au modèle, vous savez où la placer, et vous entendez ce qui cloche lorsqu’elle glisse ailleurs.
Sommaire
Qu’est-ce qu’un makhraj ?
Le makhraj est le point précis d’où sort le son d’une lettre. Les savants du tajwid l’ont décrit avec une minutie d’anatomiste : la gorge est découpée en trois hauteurs, la langue en dix zones, les lèvres en deux.
Le décompte le plus répandu, celui d’Ibn al-Jazarī, retient dix-sept points de sortie, répartis en cinq grandes zones : la cavité buccale, la gorge, la langue, les lèvres et la cavité nasale. D’autres savants en comptent quatorze ou seize, selon qu’ils rattachent ou non certaines lettres à une même zone. Ces divergences ne changent pas la prononciation : elles classent différemment une même réalité.
Comment tester le point de sortie d’une lettre
La méthode des maîtres du tajwid tient en une phrase : mettez la lettre au sukūn et faites-la précéder d’une hamza vocalisée. Vous obtenez une syllabe fermée dont le son s’interrompt exactement à son point de sortie.
Prononcez par exemple أَقْ, puis أَكْ et enfin أَتْ. Pour la première, le fond de la langue se soulève vers le palais mou. Pour la deuxième, le contact se déplace d’un centimètre vers l’avant. Pour la troisième, c’est la pointe de la langue qui touche la base des incisives. L’oreille seule hésite ; la sensation physique, elle, ne trompe pas.
La cavité buccale : الجَوْفُ
Cette zone ne contient qu’un seul point de sortie, et c’est le plus particulier : le son n’y touche rien. Il remplit l’espace vide de la bouche et de la gorge, sans contact ni pression.
Elle produit les trois lettres de prolongation, à condition qu’elles soient au sukūn et précédées de leur voyelle homogène : le alif, puis le wāw et le yāʾ. Ce sont les lettres du madd, et leur longueur se mesure en temps, pas en centimètres.
La gorge : الحَلْقُ
La gorge abrite trois points de sortie, du plus profond au plus proche de la bouche.
| Point de sortie | Lettres | Arabe |
|---|---|---|
| le fond de la gorge | ء, puis ه | أَقْصَى الحَلْقِ |
| le milieu de la gorge | ع, puis ح | وَسَطُ الحَلْقِ |
| le haut de la gorge | غ, puis خ | أَدْنَى الحَلْقِ |
Ces six lettres sont les plus maltraitées par les lecteurs francophones, parce que le français ne les possède pas. Le réflexe est de les remonter vers la bouche : le ع devient une voyelle, le ح devient un souffle sans consistance, le خ se confond avec un r français. Chacune de ces trois paires se travaille ensemble, jamais isolément.
La langue : اللِّسَانُ
C’est la zone la plus riche : dix points de sortie sur dix-sept, et dix-huit lettres.
| Point de sortie | Lettres | Arabe |
|---|---|---|
| le fond de la langue contre le palais mou | ق | أَقْصَى اللِّسَانِ |
| le fond de la langue, un peu plus en avant | ك | أَقْصَى اللِّسَانِ |
| le milieu de la langue contre le palais | ج, puis ش et ي | وَسَطُ اللِّسَانِ |
| le bord de la langue contre les molaires | ض | حَافَةُ اللِّسَانِ |
| le bord avant de la langue, vers les gencives | ل | أَدْنَى حَافَةِ اللِّسَانِ |
| la pointe de la langue, juste au-dessus du lām | ن | طَرَفُ اللِّسَانِ |
| la pointe de la langue, dos légèrement replié | ر | طَرَفُ اللِّسَانِ |
| la pointe contre la base des incisives du haut | ط, puis د et ت | طَرَفُ اللِّسَانِ |
| la pointe entre les deux rangées d’incisives | ص, puis س et ز | طَرَفُ اللِّسَانِ |
| la pointe contre le bord des incisives du haut | ظ, puis ذ et ث | طَرَفُ اللِّسَانِ |
Remarquez les trois derniers groupes : chacun réunit trois lettres qui sortent exactement du même endroit. Ce qui les sépare n’est plus le lieu, mais la manière — le souffle, la voix, l’épaisseur. C’est le domaine des ṣifāt, les caractéristiques des lettres.
Les lèvres : الشَّفَتَانِ
Deux points de sortie seulement, mais quatre lettres très fréquentes.
| Point de sortie | Lettres | Arabe |
|---|---|---|
| l’intérieur de la lèvre du bas contre les incisives du haut | ف | بَطْنُ الشَّفَةِ السُّفْلَى |
| les deux lèvres ensemble | ب, puis م et و | الشَّفَتَانِ |
Les trois dernières ne se comportent pas de la même façon : le bāʾ ferme les lèvres avec pression, le mīm les ferme sans pression et laisse passer le son par le nez, le wāw les arrondit sans les fermer.
La cavité nasale : الخَيْشُومُ
Un seul point de sortie, réservé à un seul son : la ghunnah, cette résonance nasale attachée au nūn et au mīm dans certaines situations. Pincez légèrement les narines en prononçant إِنَّ : le son se bloque, preuve qu’il passait bien par le nez.
C’est la seule zone qui ne produit aucune lettre à elle seule. Elle accompagne. Pour le détail de ses règles, lisez l’article consacré à la ghunnah.
Les paires qui se confondent le plus
| Ce qui est confondu | Ce qui les sépare |
|---|---|
| ه et ح | la profondeur : le hāʾ est au fond, le ḥāʾ au milieu de la gorge |
| ء et ع | le hamza ferme la gorge, le ʿayn la resserre sans la fermer |
| س et ص | même point de sortie, mais le ṣād est épais et creusé |
| ت et ط | même point de sortie, mais le ṭāʾ est épais et appuyé |
| ذ et ظ | même point de sortie, mais le ẓāʾ est épais |
| ك et ق | le qāf est plus profond, contre le palais mou |
| د et ض | le ḍād vient du bord de la langue, pas de sa pointe |
Pour chacune, la méthode est la même : prononcez les deux lettres au sukūn, l’une après l’autre, et cherchez ce qui bouge dans votre bouche. Si rien ne bouge, c’est que vous prononcez deux fois la même lettre.
Les erreurs fréquentes
Travailler la lettre seule, sans sa voisine
Une lettre isolée semble toujours correcte. C’est la comparaison qui révèle l’erreur : travaillez toujours par paires.
Forcer la gorge
Les lettres profondes ne demandent pas de force. Un ʿayn crié n’est pas plus juste qu’un ʿayn mal placé, il est seulement plus fatigant.
Confondre le lieu et la caractéristique
Beaucoup de lecteurs cherchent à déplacer leur langue pour corriger un ṣād, alors que le point de sortie était bon : c’est l’épaisseur qui manquait.
Se corriger sans modèle
L’oreille valide ce qu’elle a l’habitude d’entendre. Sans récitation fiable à imiter, on consolide ses propres défauts.
Une routine d’entraînement
- Choisissez une seule zone, par exemple la gorge.
- Prononcez ses lettres au sukūn, précédées d’une hamza, dix fois chacune.
- Travaillez les paires proches en alternance, lentement.
- Cherchez ces lettres dans une sourate courte et lisez-la à voix haute.
- Enregistrez-vous, puis faites corriger le passage par votre professeur.
Quinze minutes par jour sur une seule zone valent mieux qu’une heure sur les cinq. Comptez une semaine par zone : en cinq semaines, vous aurez parcouru l’ensemble avec attention.
En résumé
Les lettres arabes sortent de cinq zones et de dix-sept points précis. La cavité buccale donne les prolongations, la gorge six lettres, la langue dix-huit, les lèvres quatre, et la cavité nasale la ghunnah. Tester une lettre se fait toujours de la même manière : au sukūn, précédée d’une hamza, en observant où le son s’arrête.
FAQ
Combien existe-t-il de makhārij ?
Le décompte le plus répandu, celui d’Ibn al-Jazarī, retient dix-sept points de sortie regroupés en cinq grandes zones. D’autres savants en comptent quatorze ou seize.
Comment trouver le point de sortie d’une lettre ?
Mettez la lettre au sukūn et faites-la précéder d’une hamza vocalisée, puis prononcez. L’endroit où le son s’arrête est son point de sortie.
Peut-on apprendre les makhārij seul ?
La théorie se lit seul, mais l’oreille a besoin d’un modèle. Une récitation corrigée par un enseignant reste indispensable.
Le point de sortie suffit-il à distinguer deux lettres ?
Non. Deux lettres peuvent partager un point de sortie et se distinguer par leurs caractéristiques, les ṣifāt.
Pour continuer votre parcours
- débuter le tajwid
- la prononciation des lettres arabes
- les lettres épaisses et les lettres fines
- la ghunnah
Reprenez ce guide zone par zone, avec votre professeur ou votre cercle de récitation. Les makhārij ne se retiennent pas en une lecture : ils s’installent par la comparaison, la répétition courte et la correction régulière.
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